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Photo de Maldoror-des-Esseintes

Maldoror-des-Esseintes

Description :

Abandonne toute... certitude, toi qui entres ici. J'écris, donc je mens... Malgré mon titre très programmatique, j'ai l'intention de ne nourrir ce journal qu'en musardant, sans imposer violence à ma plume, lorsque l'envie m'en prendra. Je ne souhaite suivre que la pente de mes caprices et de mes humeurs. Foin des idées reçues... Il est parfaitement possible de créer, d'écrire -mais aussi de se délecter des oeuvres des autres- en état de dilettantisme avéré, tant il est juste que la passion de l'esthète (qu'il enfante ou qu'il contemple, deux faces d'un même attrait pour l'Art) peut s'accommoder de bien des voies pour l'expression de son objet, et n'exclut pas plus la frénésie portée à son point d'incandescence, qu'elle ne bannit la volupté de l'indolence, détachée mais curieuse. Les contradictions qui me traversent constituent chez moi la source d'une jouissance perpétuelle de l'esprit -quand elles ne sont pas blessures: car je n'échapperai jamais à cette déchirante dialectique entre la tentation des mots et le gouffre du silence... Merci à toi, lecteur, qui t'apprêtes à pousser plus avant à travers les chardons et les épines de ma prose... TOLLE, LEGE.

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Maldoror-des-Esseintes

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Quelle voie?

Quelle voie?Quelle voie? 23 mai 2010

Au seuil du premier article, la question, tout d'abord insidieuse, se pose finalement avec acuité. En effet, quel chemin se frayer dans la jungle cybernétique? Quelle perspective adopter?
Une espèce de dichotomie semble d'entrée s'imposer: écrire pour rendre compte des événements, ou pour tenir procès-verbal de la seule vie intérieure?
La toute première option (événementielle, commémorative)se subdivise elle-même en deux sous-propositions: Kafka, ou Pessoa? Qu'on ne se méprenne pas: je n'ai nulle intention de me comparer à des géants, de m'identifier à des génies. Je convoque simplement d'illustres références, pour éclairer le parcours qui sera le mien ici. À savoir: servir des faits bruts, sans souci d'art, mais dans le dessein de les analyser impitoyablement,jusqu'au vertige, quitte à recourir au mensonge intérieur (Journal de Kafka), ou bien évoquer le réel, si navrant soit-il, avec éloquence et lyrisme, en n'oubliant jamais d'ÉCRIRE (Le Livre de l'intranquillité, Pessoa)? À suivre...
Tags : Introduction, Interrogation
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#Posté le samedi 22 mai 2010 15:18

Modifié le vendredi 20 mai 2011 02:37

Au-dessus de mes forces, vraiment... Navré...

Des événements qui viennent attrister mon existence (rien de funéraire, qu'on se rassure, mais de la malhonnêteté et de l'acharnement droit sortis de mon passé d'homme marié, jamais correctement réglé parce que celle qui en fit partie ne cesse de me harceler de la plus cruelle des manières) me contraignent, pour une période que je suis incapable d'évaluer, à interrompre la tenue de ce blog. J'en suis le premier navré, mais honnêtement je suis à bout de forces, et je ne parviens même plus à répondre, comme j'ai toujours aimé le faire, aux commentaires ou messages que je reçois encore actuellement. Je remercie tous mes amis, anciens, récents, proches ou moins proches et demande à tous pardon de cette défection, sur une plateforme où je n'ai jamais rencontré que sympathie, compréhension, voire admiration. J'en suis d'autant plus honteux. Il me faut consacrer le peu d'énergie qui me reste à un combat dont je me serais fort bien passé. 
 Il est de certaines personnes qui sont un cauchemar perpétuel pour certaines autres, tant qu'elles disposent d'un souffle de vie, et qu'il aurait fallu ne jamais croiser sur son chemin. De cette expérience j'éprouve encore toute l'amertume. Voilà le cadavre que je contenais tant bien que mal dans mon placard, et qui vient, de nouveau, de revenir à la vie.
 Je n'oublie personne d'entre vous tous. 
 J'espère revenir un jour, mais ne promets rien. Si jamais c'était le cas, c'est que j'aurais enfin pu tirer un trait définitif sur ce passé qui continue de me hanter.
 Merci à vous tous... Et pardon.

Philippe-Emmanuel T.
​ 8 | 19 |
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#Posté le mercredi 21 septembre 2011 10:07

Modifié le mercredi 21 septembre 2011 13:04

PAUSE ESTIVALE...

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Eh oui, j'ose le parfait mauvais goût de D. Vidal pour me mettre entre parenthèses pendant l'été. Les quelques hasardeux et erratiques coups de sonde que j'effectuerai au petit bonheur sur mon téléphone portable sont franchement à négliger. Je ne suis pas muni d'Internet cet été, c'est un fait, je vais du moins respirer large...
De retour pour septembre... Bel été à tous.
​ 10 | 8 |
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#Posté le samedi 16 juillet 2011 19:07

BLANDICES HORS DU TEMPS

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Flaubert: "Madame Bovary, c'est moi!", tout le monde connaît... Mieux encore, Antonin Artaud: "Moi, Antonin Artaud, je suis mon fils, mon père, ma mère et moi..." C'est presque théologique: la Trinité (voire la Quaternité) expliquée comme le ressort même de l'Art de celui qui écrit. Dans cet aveu déchirant, écartelé par les voix divergentes et douloureuses de l'abîme où le guettait, comme une proie, tapie, la maladie mentale sournoise qui le martyrisait régulièrement, il a pourtant touché du doigt le secret même de la littérature, sans attendre les sentences de Barthes, Blanchot, Starobinski, Klossowski, Poulet, Mauron, Richard ou Genette... Ses paroles et ses fulgurances étaient des braises, de la contemplation desquelles on ne ressort pas indemne.
L'écrivain, même apparemment le moins présent dans son ½uvre (tel Roussel: dans Locus solus, il est pourtant clair qu'il s'est dépeint en Martial Canterel, parfaite figure du génie magistral...), se disloque, se clone et se diffracte en une jungle luxuriante de personnages qui peupleront son ½uvre narrative... Balzac lui-même, de l'aveu de ses contemporains, a par exemple dû doublement se faire femme pour être à même d'amener à dialoguer, par épistoles interposées, deux femmes, deux amies pleines encore des illusions de la jeunesse (dans Mémoires de deux jeunes mariées), avec tant d'empathie et de pénétration psychologique que son art semblait parfois tenir de la divination...
L'idée, non seulement n'est pas fausse, mais encore est séduisante et demeure conceptuellement la base de toute formule artistique créatrice, tout au moins en littérature. J'aimerais tenter, là, maintenant, la création d'un être de papier, totalement hybride, qui résulterait d'une synthèse étrange entre l'enfant que je fus, mon propre fils (qui rôde souvent dans ma bibliothèque ces temps-ci), mon père également, et l'homme enfin que je suis actuellement. Même si l'être enfantin qui surgira de cette si singulière combinaison ne représente plus guère la génération actuelle, il s'en trouve encore çà et là, j'en atteste... Seulement j'aurais besoin d'une espèce de Verfremdungseffekt, d'un effet de distanciation quasi brechtien, qui trouverait dans un codage formel le lieu de son expression; disons que mon personnage aurait l'intellect, émettrait les idées et éprouverait les affects d'un garçon de 9 à 12 ans au grand maximum, mais tout cela restitué dans une langue, un lexique, une syntaxe adultes, ce porte-à-faux presque gênant reflétant justement ce que cet exercice de style peut comporter d'artificiel. Il ne s'agit pas de plagier le Petit Nicolas, l'entreprise n'aurait rien d'original ni rien d'intéressant. Il s'agit juste de faire en sorte que personne ne soit dupe, sans que pourtant l'agrément de la lecture en soit altéré. Simplement éviter le piège d'une puérilité ou d'une mièvrerie trop faciles, exigence qui entraînera forcément des distorsions à assumer, dans l'énonciation, entre âge linguistique et âge réel de l'enfant. Mais le plaisir d'écrire et d'expérimenter demeurera, lui, totalement authentique, pur, entier...
À la besogne.


=> Aujourd'hui, avec un peu d'angoisse au ventre, j'y retourne. Je veux dire, dans le bureau-bibliothèque de papa. Cela fait plusieurs jours que je rôdais dans les parages, sans jamais oser, toutefois, franchir le seuil fatidique. Mais cet après-midi, papa s'est absenté, et maman, pour l'instant, est très occupée à faire la sieste. Elle semblait d'ailleurs bien fatiguée quand elle s'est retirée dans la chambre des parents.
Je ne comprends pas la fatigue des adultes. Moi, depuis la moyenne section de maternelle, depuis que j'ai compris que j'étais grand, je ne dors plus l'après-midi. Je n'ai pas besoin de ça. C'est ce qui va me permettre d'entrer dans la caverne au trésor; c'est comme ça que je me représente la bibliothèque de papa. Oh! bien sûr, j'y suis déjà entré, mais toujours en sa compagnie (c'est fou ce que mon papa, maniaque et avare de ses livres, ne me fait pas confiance; il doit avoir peur de moi!). Or, ce qui est vraiment excitant et tout nouveau, pour moi, c'est de pénétrer seul dans le palais des merveilles.
Je sais, en le faisant, que je désobéis gravement aux consignes de mon père, car il m'a formellement interdit de me rendre dans son bureau-bibliothèque s'il ne m'y invitait pas lui-même et ne s'y trouvait pas en personne. Quel rabat-joie! Mais j'en ai vraiment trop envie. C'est avec un sentiment de jubilation frénétique mêlée à la terreur de la punition qui m'attend, si cela s'apprend, que je referme doucement, sans bruit, derrière moi, la porte de la somptueuse pièce.
Et tout de suite je suis emporté par mon désir de tout toucher, de tout lire, de feuilleter un à un ces nombreux livres qui, sans exception, me sont interdits. C'est injuste, et de plus, ça ne fait qu'accroître mes idées de désobéissance, ces envies qui m'envahissent de me saisir goulûment de chacun de ces lourds volumes trônant sur leurs étagères de bois verni.
Je ne comprends rien au classement de mon père, mais il y a sûrement une certaine logique là-dedans, rien qu'à voir les dos et les reliures s'étaler de tous côtés, car le meuble-bibliothèque court autour de la pièce entière, même au-dessus de la porte, ne laissant aucun mur nu, à peine assez d'espace pour une baie avec croisée servant à l'éclairage de cette pièce sombre, mais reposante pour les yeux. Tout ce que j'ai pu saisir, dans mon cerveau d'enfant, c'est qu'il y a au moins un secteur réservé aux vieux livres, et ils sont nombreux. Presque tous en cuir, on dirait, ils offrent à l'½il une multiplicité de couleurs, souvent avec des dorures et de ravissantes décorations sur le dos, un dos qui peut parfois se gonfler de plusieurs bourrelets de peau, c'est très curieux. Les collections plus modernes peuvent se repérer à l'unité de leur teinte, blanc-crème, rouge-coquelicot, havane, et ainsi de suite. Ça me dépasse un peu.
Et soudain, la tentation me terrasse. Je me saisis sans réfléchir d'un beau volume relié, épais, bien ventru, et commence à le manipuler. Étrangement, sans doute parce que je n'en ai pas l'habitude, c'est l'objet, plus que le texte, qui m'enchante: les odeurs mêlées du papier jauni, de l'encre vieillie et de la poussière ravissent mes narines au-delà du possible, les diverses qualités tactiles que j'éprouve en palpant, en feuilletant, me procurent une extase sans nom, de la reliure de cuir grenu jusqu'à la régularité de texture des pages vénérables qui viennent ensuite chatouiller délicieusement la pulpe de mon pouce gauche, quand je les fais défiler rapidement... Tous les sens y trouvent leur compte: l'odeur exquise que j'ai évoquée me prend voluptueusement à la gorge, avec l'aide de la poussière (oui, les livres ont un goût!), la musique cliquetante que produit le papier tourné en tous sens, le bruit discret des charnières de la couverture qu'on ouvre ou qu'on referme, caressent mon oreille plus agréablement qu'une berceuse d'enfant, le délectable contact du papier que j'effeuille et de la riche reliure en peau que je frôle me ravit le bout des doigts, enfin l'harmonie des couleurs et des motifs qu'offre tout livre digne de ce nom comble ma vue. Je n'ai pas le temps de lire aujourd'hui, le danger est toujours imminent de se faire surprendre ici, mais j'ai appris, du moins, dans des transes indescriptibles, qu'un livre n'est pas fait uniquement pour l'esprit, il l'est aussi pour le plaisir de mes cinq sens; c'est un texte, et ça peut être aussi un très bel objet. Un livre est un univers complet.
Frustré de ne pouvoir m'immerger dans le monde passionnant d'un de ces héros dont je pressens l'existence secrète, sous l'abondance de ces centaines de volumes (papa est un collectionneur furieux), je me prends, avant de quitter la pièce féerique, à convoquer les personnages que je connais déjà, en pensée, en rêverie, que j'aie ou non réellement lu leurs aventures. Et, immédiatement, le grand bureau se met à grouiller de mille créatures qui me sont familières et que je reconnais comme mes amies, qu'elles travaillent pour les forces du bien ou celles du mal, car elles se confondent dans l'évocation heureuse ou le souvenir de lecture émue de tel ou tel ouvrage.
Tous viennent me saluer, sourire, grimacer ou gesticuler, devant les yeux éblouis de mon imagination cavalcadante. Et c'est tout un bal, un carnaval de romans qui s'improvise autour de moi, la démarche boitillante de Quasimodo, les moulinets de rapière élégants et véloces de D'Artagnan avec sa fine barbiche à la mode royale, le rictus hideux du fantôme du Capitaine Flynt, qui brandit le poing vers moi parce qu'il ne s'est jamais remis de la perte de son trésor, le sourire navré d'Uncas, le dernier des Mohicans, la posture fière et cruelle, désespérée, du capitaine Nemo dans la solitude des mers, Robinson Crusoë se traînant en guenilles, Gulliver discutant avec un Lilliputien fièrement planté dans la paume de sa main, Alice prête à franchir la surface interdite du miroir, Peter Pan, éperdu, à la recherche de son ombre, Tom Sawyer, caché au fond d'une grotte, terrorisé à l'idée de la confrontation avec Joe l'Indien, Sophie empêtrée au milieu de ses cruelles bêtises, et tant d'autres, tant d'autres!...
J'en ai les larmes aux yeux. Je ne pourrai même pas dire bonjour à tous mes amis. Il y en a trop, et c'est tant mieux. La fantasmagorie cesse lorsque je range à sa place le volume que j'avais pris et qui m'a tant enchanté, rien qu'en lui-même, sans le secours des lignes dont il est saturé. Je m'aperçois aussi qu'être proche, ainsi, de tant de beauté et de tant de bonheur, ça rend l'esprit bien plus riche, et les mots qui me viennent à l'instant sont beaucoup plus beaux que ceux dont je me servais il y a quelques jours encore.
C'est peut-être ça l'inspiration, et ça me donne une furieuse envie, une démangeaison terrible d'écriture, parce qu'un livre -je l'ai vu, je l'ai éprouvé, je viens de le vivre-, c'est un monde à lui tout seul, ça n'a besoin de rien d'autre, c'est complet, magnifique et bon, c'est bien plus excitant qu'un jouet, ça donne des joies qui durent jusqu'au moment où l'on devient grand-père. C'est l'Art, absolu.
Sans doute est-ce bien plus dur que je ne crois, mais J'AIMERAIS BIEN DEVENIR ÉCRIVAIN.
Tags : Flaubert, Antonin Artaud, Bibliothèque, Enfance, Expérimentation formelle à haut risque
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#Posté le mardi 12 juillet 2011 17:38

Modifié le jeudi 28 juillet 2011 03:15

INJOIGNABLE... Que serait l'image sans le son -dans certains cas du moins?

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Ici, l'on ne peut se livrer qu'en pièces détachées... D'abord les mots, puis l'image, et finalement le son, -éventuellement. Piètre sort, traitement indigne et funeste, un étal de boucherie à la criée... Pouahhh!
Voilà bien la poésie du virtuel: apparaître par bouts et par morceaux...
Le blog comme puzzle de son scripteur...
Par provocation, je sacrifie au cybernétique démembrement.


N 47°23.67 E 0°41.471
Tags : Image, Son, Puzzle humain virtuel
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#Posté le vendredi 27 mai 2011 13:32

BIBLIOTHÈQUE ET PSEUDALÉTHOLOGUE II/ Poétique appliquée: Les Chants de la Genèse

BIBLIOTHÈQUE ET PSEUDALÉTHOLOGUE II/ Poétique appliquée: Les Chants de la Genèse[Photo: Pierre Richelet, Traité de la versification française, page de titre, édition originale (1672), exemplaire personnel]

LES CHANTS DE LA GENÈSE

Dans la langueur du ciel, profond camaïeu gris,
Qui présente un reflet doux et mélancolique
À des maux exhalant ma trop vaine supplique,
C'est mon propre secret que j'ai soudain surpris.

L'amertume d'un vent dont mon c½ur s'est épris,
La tiédeur d'une pluie en sa calme musique,
Teintent mon songe étrange et beau d'un ton mystique
Que seuls peuvent goûter les ombres des esprits.

En un pareil séjour, d'augure si funeste,
Je veux savoir le lieu ténébreux et céleste
Où conflue, à la fin, la vie avec la mort.

Exilé de l'azur, du temps et de l'enfance,
J'irai m'y délecter de ce jour qui s'endort
Et se meurt grisaillant, terne magnificence.
~~~
L ibre harmonie intime où matière et couleur,
E n larges tourbillons, mêlent leur sortilèges,
C hants d'oiseaux, bleus concerts des cloches du bonheur,
H aleine chaude et froide, magie et sacrilèges,

A nimez, ô Cités! vos fantômes d'espoir,
N' oubliez jamais plus, qu'en vos vastes entrailles,
T errée au fond des c½urs, riche et vivant miroir,
D ort une symphonie aux accents de ripailles...

E nivrez-moi, béton, pierre, asphalte, métal,
S ans fausse honte, au sein de votre sarabande,
V alsez pour moi, mêlez Klaxon, sirènes, bal,
I rréel ch½ur où, seul, le cri de la marchande

L e dispute en vacarme à dix marteaux-pilons...
L a rumeur de la ville en son rythme s'emporte,
E lle épand sa musique et, loin des vieux salons,
S' enfle en longeant la rue, inouï porte-à-porte!...
~~~
Du haut du firmament, comme en songe apparu,
S'élance, étrange oiseau, déchirant l'air sonore,
Un fantasque démon fauve au plumage dru
Qui darde un regard fou dans le feu de l'aurore.

La terre alors s'embrase, ivre de vingt sabbats,
Se fendille et s'entrouvre en une offrande obscène,
Méprisant l'innocent, témoin de ses ébats,
Qu'elle abîme au brasier de cette immonde scène.

Que reste-t-il, sinon des larmes et du sang
Pour calmer tant d'ardeur, quand déjà s'enténèbre
Le visage des monts qui n'ont pu, dans leur flanc,
Voir naître le jour neuf que chaque aube célèbre?

Mon esprit flambe ainsi trop souvent, ciel mental
Sillonné, torturé du feu de ses scories,
Mais aussi traversé d'éclairs de pur métal,
Ne sachant prononcer entre enfer et féeries.
~~~
Là, tout près, enivré d'herbe verte et d'azur,
Inondé de soleil, tout bercé par l'air pur,
Le monde, cet Éden, me pénètre de flammes,
Beau clavier odorant dont j'épuise les gammes,
Enfer de volupté, despote de mes sens.
Mon âme, brûles-tu du feu de cet encens
Ruisselant de mes yeux en des perles nacrées?
Mon c½ur, es-tu troublé par ces larmes sacrées?
Regarde, gonfle-toi de joie et de sanglots
Puis laisse-toi porter, loin, par tes propres flots.
Blasphème la lumière, insulte les ténèbres,
Sans cesse aveugle-toi des merveilles funèbres
Que distille la nuit dans ta chair et ton sang.
Entends les cris de peur, comptes-en chaque accent,
Tends la main aux démons, danse avec les harpies,
Gorge-toi du poison de ces fêtes impies...

Si tu le peux encor, renais à l'aube d'or
Et fouille et creuse en toi, recherche le trésor
Sans plus jamais entendre un seul chant des sirènes,
Ni la brûlante poix qui s'agite en tes veines,
Éprends-toi de l'étoile, Icare flamboyant,
Scintille à l'unisson dans l'obscur effrayant...
Mais pourrai-je jamais étreindre tous les astres
Brûlant dans les palais aux immenses pilastres?...

Comme un cygne mourant sur un superbe lac,
Loin des mugissements, des éclairs, du ressac,
Je lancerai ma plainte aux portes de l'abîme,
Tel un dernier appel, un dernier cri sublime.
Les fontaines du ciel, de moire et de cristal,
M'infuseront ensemble un venin idéal,
L'extase des couleurs, les frissons et les spasmes
Ouvrageront mon corps du reflet des fantasmes
Pour me précipiter, flagellé de douleurs,
Dans un pré rougeoyant où saigneront les fleurs.
Proscrit du firmament, apatride du rêve,
Oh! Jamais mon esprit ne connaîtra de trêve,
Brûlant sur les chemins en quête d'arcs-en-ciel,
Mais toujours torturé par la saveur du fiel.
Les éblouissements, les ombres, les images
Ont étendu sur moi leurs empires sauvages:
Je meurs dans la nature, asile virginal,
Pour en être à jamais l'apôtre et le féal.
~~~
Étrange phénomène, intime fusion,
Cette métamorphose invite au grand mystère
Extatique et charnel d'un panthéisme ancien
Que les vétustes sceaux, décrets de cieux déchus,
Ont pu, par leur brisure, offrir à la pensée.
Et l'½il de mon esprit, à jamais grand ouvert
S'épuise à tout scruter dans la fièvre du jour,
Mais en vain, car fuyant son immobilité,
Mon être adopte alors l'ampleur du mouvement:
Il parcourt, il arpente et chemine sans fin.
~~~
J'ai marché pesamment.
Le ciel semblait boire mes pensées;
Il était gris.
La brume, figée, n'a cessé,
Tout au long du voyage,
De me harceler de ses insinuations.
Je me sentais tout pénétré de torpeur,
Et dans l'air épais et lourd,
Des ailes versicolores donnaient l'assaut aux nues.
Ce combat céleste ne m'était de rien,
Préoccupé que j'étais des papillons de ma pensée.

Au moment où j'ai senti
Une attaque imminente de gorgones et de corbeaux,
J'ai décidé, dans le feu de mon caprice, de changer de décor,
D'évoluer dans une dimension inouïe, inconnue jusqu'alors.

Je crois avoir été comblé,
Dans ce nouveau monde d'invention et de perversion des sens;
J'ai respiré le bleu intense du ciel,
Après quoi j'ai regardé les bruits
Et les tintamarres les plus stupéfiants;
Les quelques effluves que j'ai entendus ça et là,
Ne m'ont inspiré que le mépris de l'Éden et du soleil,
La nausée de l'azur.

Perdu en un dédale de phosphènes et de taches inquiétantes,
J'ai pu pénétrer dans le seul microcosme
Qui ne m'inspirât pas de dégoût: le for, mon for intime.
L'impression tout d'abord a été l'éblouissement, bref, rapide.
J'ai pu contempler à loisir
La source bouillonnante de la dictée intérieure,
Qui fait courir ma main
Sur les parchemins d'univers et d'horizons,
Sans rime ni raison...
Je ne me suis pas compris, mais j'ai continué.
Une vapeur tiède embuait ma puissance de perception,
Je me heurtais à chaque pas
À des charmilles enchevêtrées de statues agitées, angoissantes.

Les éclats de rire du climat me désaxaient peu à peu,
Sans que je sache exactement
Si c'était bien mon âme que je visitais.

Les sources les plus incongrues me glaçaient les yeux,
Avant de se tarir...
Des cils et des regards chargés de frimas
Dardaient le givre partout autour de moi.
Je crois que j'aurais erré une éternité de sable filant
À la recherche des cheveux du vent
Et du frisson des toisons d'étoiles,
Si un rideau de moire,
À l'insupportable chaleur,
N'était venu me suffoquer de ses richesses navrantes,
En s'abattant sur moi.
~~~
Pendant des heures, des siècles peut-être, j'ai tenu la nuit par la main. Je la sentais m'investir peu à peu.

Elle refluait de toutes mes artères vers mes yeux exorbités. Elle m'étranglait de toute sa force de frustration; je fermai les yeux.

Percevant trop bien l'air, lacéré par les faux, flagellé de chats à neuf queues, sillonné par des génies venus de profondeurs insoupçonnables, je tombai à genoux.

Pour échapper au complot des étoiles, à la connivence assassine de l'azur noir éclaboussé de perles et du réseau inextricable des racines,

Qui entrelaçaient tout autour de moi leurs bras lascifs, je ne pus trouver d'autre exutoire que le fantasme.

Plutôt que d'attendre l'aurore, je me mis à la créer. Je la créai telle que je la voulais, belle, resplendissante.

À la saveur charnelle qui engourdissait mes doigts et me parcourait, je sentis que je maîtrisais complètement la nymphe.

Je la voyais éclore, envahir et réchauffer mon corps émacié, bouleversé, ivre de mon ½uvre de démiurge.

Alors seulement mes yeux osèrent s'ouvrir au monde et se griser de ce feu qui pénétrait chaque fibre de mon être de sa lancinante caresse.

Et les ravines, les lèpres du sol, les injures du temps, les grimaces des saisons, tout se résorba dans le sourire enjôleur et chaud de la déesse nouvelle.

Oublieux de la volupté comme des insultes, abandonné, las, dans l'éblouissement de cette lente fulguration,

Je ne pris conscience que tardivement que mon corps était neuf.

Mimétisme palpitant des reflets de la nature, j'étais né, moi aussi, une seconde fois au monde.

Les gouttes de rosée qui ruisselaient sur mon corps m'en apprirent cruellement la nudité,

Qui rayonnait dans la fraîcheur dorée des fleurs à peine écloses, éclatantes de toute la splendeur de leur premier épanouissement.

À côté de moi je découvris une mue d'angoisse, celle qui m'avait tant de fois asphyxié de son contact, et qui maintenant se désagrégeait lentement, avec une infinie douceur,

Allongée dans la moiteur ouatée d'une litière de lumière, de gaze, de trèfles et de lys, au c½ur de ce sanctuaire serti de cascades de clarté,

Parsemé de clairières muettes, parfumées, où mes yeux ivres de nouveauté ne cessaient de s'éblouir et de s'abreuver.
~~~
À présent?... Je ne sais où je vais; et cependant je vais. Spéléologue de tous les abysses, j'irai visiter chaque contrée que mon caprice aura convoitée, créateur ou explorateur, qu'importe?
Tous les cosmes ne sont que le reflet de ma bizarrerie; je ne veux assigner à mon entreprise de genèse aucune limite raisonnable. Prêt, oui, je suis prêt à toutes les démences et tous les sacrifices pour entrer dans le secret des dieux.
J'aime mieux à jamais perdre la vue plutôt que de ne pas goûter l'éblouissement cruel de la clarté aux soleils innombrables, être cent fois damné plutôt que de capituler, forclos, devant les prodiges incandescents; je ne suis autre que pillard du feu sacré, cambrioleur de miracles. Je profanerai tous les sanctuaires, les temples inviolés jusqu'ici, même si je dois succomber à ces sacrilèges. Je me chargerai des éthers et des essences les plus volatiles, de tous les parfums de l'obscurité. Qui donc m'empêcherait de me baigner dans la limpidité des mystères de la nuit?
Sans cesse tissant le cocon de mon hermétisme, banni des sept couleurs de l'arcature, pourrai-je cependant soutenir longtemps cette ascèse de diaprures fugitives?
Partout poursuivi, pourchassé par les lignes diffuses de l'horizon stratifié et infini, j'ai instantanément été pris du vertige de l'immensité, le regard plongé dans ce firmament de saphir calme et pur. Refoulé par les brins d'herbe, qui m'ont sauvagement coupé de leurs caresses trompeuses et tranchantes, tout comme par les branches hérissées en tignasse, qui ont griffé la peau de mon âme et lui ont à jamais imprimé la marque de leur mépris, je suis en rupture de ban avec l'univers.
Ma chute, que je n'ai su prévenir, m'a brisé le c½ur en tessons de porcelaine et dissous de nouveau mon corps dans les larmes récentes et glacées de pluies diluviennes.
Parce que j'étais liquéfié de la sorte, le premier rayon embué a fait évaporer jusqu'au souvenir des frissons de mon esprit. Alors, seulement, j'ai pris conscience que je n'avais plus conscience, ou plutôt que j'étais conscience de la nature.
Je suis, au fond même de ses gouffres, l'un des éléments les plus infinitésimaux du Monde; pourtant, le monde est en moi, aussi.
Lucide, jusqu'à la frénésie, de cette double et contradictoire appartenance, j'ordonne à toutes les poussières de ma psyché, à tous les joyaux de mes sens, aux gouttelettes irisées de mon corps dispersé, de se fondre, se joindre, par la vertu du divin clinamen, afin que soient sécrétés le poison et l'illumination; des hauteurs du plus inaccessible azur, que tous mes fragments convergents se précipitent pour s'engloutir dans l'extraordinaire confluent du Léthé et du Styx: j'aboutirai, roulé interminablement à travers les beautés et les terreurs ultramarines, dans l'océan béant de l'ataraxie.
Tags : Pseudaléthologue, Bibliophilie, Expérimentation formelle
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#Posté le lundi 23 mai 2011 15:09

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